Les fiches techniques juridiques


FICHE E 1.2

novembre 2016

E. Formation des actifs et financement

 

Compte Personnel de Formation (CPF) des demandeurs d'emploi et des salariés (au 01/01/17)

Bénéficiaires

Dans le cadre de son Compte personnel d'activité (CPA) ouvert à compter de 2017, toute personne d’au moins 16 ans en emploi (15 ans pour les apprentis), ou accueillie en ESAT, à la recherche d’un emploi ou accompagnée dans un projet d'orientation ou d'insertion professionnelles peut mobiliser les heures créditées sur son CPF pour financer ou co-financer une action de formation éligible.

Les personnes inactives d'au moins 16 ans qui auront crédité leur compte d'engagement citoyen (CEC) pourront, sous conditions, abonder leur CPF. Seules les heures issues du CEC seront mobilisables pour les personnes qui ont fait valoir l'ensemble de leurs droits à la retraite (voir fiche CEC à paraître)

Les agents publics qui conservent actuellement leur DIF bénéficieront prochainement du CPF dans des conditions qui seront définies par ordonnance.
Les non salariés en activité (chefs d'entreprise, libéraux, commerçants, artisans, agriculteurs, artistes auteurs) pourront créditer leur CPF à compter de 2018.

Cette fiche ne concerne pas les agents publics, ni les non salariés.

Alimentation du CPF

Acquisition des droits : le compte des salariés en emploi et des personnes accueillies en ESAT est alimenté en heures à la fin de chaque année : 24h/an jusqu'à 120h, puis 12 h/an dans la limite totale de 150 h. Pour les salariés non qualifiés, ce crédit annuel est majoré : 48h/an dans la limite d'un plafond de 400 h, sous réserve de déclaration en ligne de leur absence de qualification.

Le calcul s'effectue sur la base de la durée conventionnelle du travail applicable au salarié à temps plein ou, à défaut sur la base de 1607 h ; au prorata si la durée du travail a été inférieure sur l'ensemble de l'année, sauf décision de l'employeur, accord d'entreprise ou de branche plus favorable (idem pour les saisonniers). Pour les personnes en ESAT, le prorata ne s'appliquerait pas : on considèrerait qu'elles sont à temps plein dans tous les cas (décret à paraître).

Certaines périodes d'absence sont intégralement prises en compte pour le calcul de ces heures : congé de maternité, de paternité, d'accueil de l'enfant, d'adoption, de présence parentale, de proche aidant, congé parental d'éducation, congé pour maladie professionnelle ou accident du travail.

Le crédit peut être complété, au-delà du plafond de 150 h ou 400 h en application d’un accord d’entreprise ou de branche ou au titre d'un abondement correctif :
Les employeurs de 50 salariés ou plus doivent ajouter 100 h (130 h pour les temps partiels) au compte des salariés qui n’auront pas bénéficié, sur une période de 6 ans dans la même entreprise, des entretiens professionnels obligatoires tous les deux ans, et d’au moins deux des 3 éléments suivants : une action de formation, des éléments de certification (formation ou VAE), une progression individuelle salariale ou professionnelle. Le financement de ces heures est assuré par les employeurs concernés qui doivent verser à leur OPCA 30 € par heure ajoutée au CPF.


L'ensemble des heures créditées au CPF sont mobilisables à tout moment, sans condition d’ancienneté ou de durée, quel que soit le statut du titulaire du compte (salarié ou demandeur d’emploi). Elles demeurent ainsi acquises en cas de changement de situation professionnelle ou de perte d'emploi.

Co-financements du CPF (abondements) :
lorsque le titulaire du CPF souhaite faire une formation d’une durée supérieure au nombre d'heures créditées sur son compte, il peut demander un abondement complémentaire pour financer cette formation (ou la financer lui-même).

Ces heures complémentaires peuvent ainsi être financées par : 
- son employeur (au titre de son plan de formation ou en application d’un accord d’entreprise),
- un OPCA (notamment dans le cadre d’une période de professionnalisation), un OPACIF (dans le cadre d’un CIF par ex),
- l’organisme gestionnaire (Carsat) de son éventuel Compte Prévention Pénibilité (1 point = 25 h de formation),
- un financeur public (Etat, Région, Pôle emploi, Agefiph) ou d'autres financeurs du CEC (communes, EPRUS).

NB : un employeur qui abonde le CPF d'un salarié handicapé peut déduire son abondement de sa contribution Agefiph.

Du DIF au CPF

Le solde des droits acquis au titre du DIF est transféré dans le CPF (non compté dans le plafond de 150 h ou 400 h). Les heures issues du DIF sont utilisables dans les mêmes conditions que les heures CPF, c'est-à-dire uniquement pour les formations éligibles au CPF et dans la limite de 150 h par demande (heures DIF + CPF), hors abondements complémentaires. Les heures issues du DIF seront mobilisées en premier lieu et seront perdues à défaut d'utilisation avant 2021.
Le salarié doit saisir son solde DIF sur www.moncompteformation.gouv.fr, si besoin avec l'appui d'un conseiller en évolution professionnelle (CEP) et conserver l'attestation de son employeur.

Actions éligibles

A compter de 2017, les actions de formation éligibles au CPF sont limitées aux : 

  • Actions de bilan de compétences et d’accompagnement à la VAE,
  • Actions d’acquisition du socle de connaissances et de compétences, préparant la certification CléA ainsi que les actions d'évaluation organisées en amont ou en aval des formations CléA,
  • Actions de formation d'accompagnement et de conseil pour les créateurs/repreneurs d'entreprise si elles ne sont pas financées par Pôle emploi, l'APEC, une mission locale ou Cap emploi,
  • Préparation des épreuves théoriques et pratiques du permis de conduire des véhicules du groupe léger (sous réserve Loi Citoyenneté non parue)
  • Actions de formation pour les bénévoles et volontaires du service civique pour l'exercice de leurs missions (sur les heures issues du CEC uniquement)
  • Actions qualifiantes visant des certifications inscrites sur les listes paritaires établies au plan national (branche et Copanef) ou régional (listes Coparef pour les salariés et pour les demandeurs d'emploi). Il peut s'agir de certifications inscrites au RNCP (tout ou partie appelée "bloc de compétences"), de CQP ou de certifications/habilitations inscrites à l'inventaire de la CNCP.
    Les salariés ne peuvent mobiliser leur CPF que pour des formations qualifiantes qui préparent à une certification figurant sur la liste de leur branche ou sur une liste interpro. ; les demandeurs d'emploi sur les listes interpro. (Copanef ou Coparef).
    Les personnes en CSP peuvent choisir une certification sur les listes pour les demandeurs d’emploi ou sur la liste de la branche de leur dernière entreprise.

Les listes régionales sont établies après concertation entre l'Etat, la Région et les partenaires sociaux, au sein du bureau du CREFOP. Les certifications éligibles sont consultables en ligne sur www.moncompteformation.gouv.fr. Les listes sont complétées et actualisées régulièrement.

Les jeunes décrocheurs qui font valoir leur droit à un 1er niveau de qualification peuvent bénéficier d'un abondement de la Région pour suivre, par dérogation, toute action inscrite au Programme régional de formation.

Procédures et information des titulaires

Le CPF ne peut être mobilisé qu'à l'initiative ou avec l'accord de son titulaire. Le refus du titulaire de mobiliser son CPF ne constitue pas une faute.

Le salarié
qui souhaite utiliser son CPF en tout ou partie pendant le temps de travail, doit demander l'accord préalable de son employeur sur le contenu et le calendrier de la formation au moins 60 jours avant le début de celle-ci si sa durée est inférieure à 6 mois, et au moins 120 jours avant pour une formation plus longue.
L'accord de l'employeur sur le contenu de la formation n'est pas requis dans les cas suivants : formation entièrement hors temps de travail, formation CléA, accompagnement VAE, utilisation des heures créditées par un abondement correctif (autres cas possibles par accord de branche ou d'entreprise).
A compter de la réception de la demande, l'employeur dispose de 30 jours calendaires pour notifier sa réponse. L'absence de réponse dans ce délai vaut acceptation de la demande.

Le demandeur d'emploi
qui souhaite utiliser son CPF doit s'adresser à son prescripteur. Ce dernier peut lui proposer. Si le nombre d'heures créditées est suffisant pour financer l'action de formation, son projet est automatiquement validé par le prescripteur. S'il est insuffisant, la procédure habituelle de validation du projet est mise en oeuvre ; la formation s'inscrivant alors dans les dispositifs financés par la Région ou Pôle emploi qui pourront abonder ainsi le CPF (si elle est éligible).

Information des titulaires : le nombre d'heures créditées sur leur CPF, les formations éligibles et les abondements complémentaires susceptibles d'être sollicités sont consultables sur www.moncompteformation.gouv.fr.
Le projet de formation doit être inscrit sur ce site par les acteurs concernés selon les situations (l'OPCA, un opérateur CEP, le titulaire...). Code 200 pour une VAE et 201 pour CléA. Après ingénierie financière et validation du projet par le titulaire ou un autre acteur et accord du titulaire, le crédit d'heures à utiliser est réservé, puis déduit du CPF après réalisation de l'action.

Obligation des employeurs :
le crédit d'heures annuel est automatique via la DADS/DSN. L'employeur doit informer son Opca avant le 1er mars de chaque année de la durée conventionnelle du travail et de la liste des salariés à temps partiel relevant d’un accord plus favorable et du nombre d'heures ajoutées à leur CPF.

Financement des heures CPF

Pour le demandeur d’emploi, les frais pédagogiques et, le cas échéant, les frais annexes (déplacements, restauration, hébergement) correspondant aux heures CPF sont pris en charge par le financeur principal de l'action (Région, Pôle emploi ou OPACIF). Celui-ci peut se faire rembourser par le FPSPP (forfait ou plafonnement possible).

Pour le salarié, l’employeur doit financer les frais pédagogiques et annexes et maintenir la rémunération (cas de formations en tout ou partie pendant le temps de travail). Sauf en cas d'accord d’entreprise (voir plus bas), il peut bénéficier d'une prise en charge par son OPCA des heures CPF, selon les règles de celui-ci et dans la limite d'un plafond.
La rémunération peut être remboursée par l'OPCA dans la limite de 50 % de sa prise en charge totale au titre du CPF (frais de formation et annexes + rémunération).

Pour les actions suivies en totalité hors temps de travail, le salarié doit solliciter l'OPCA (ou son conseiller CEP) pour le financement des coûts pédagogiques et annexes. Il n'a pas droit à une allocation de formation.

Lorsqu’un salarié utilise son CPF en complément d’un CIF, les coûts pédagogiques correspondant aux heures CPF sont pris en charge par l’OPACIF (qui peut se faire rembourser par le FPSPP). La prise en charge de la rémunération et autres frais se fait dans le cadre de celle accordée pour le CIF.

Financement du dispositif et accords d'entreprise

Les organismes qui assurent la prise en charge des frais de formation liés au CPF (OPCA, OPACIF, FPSPP) sont financés par une partie de la contribution 1 % Formation  versée par les employeurs de 11 salariés ou plus à leur OPCA, ou par une contribution spéciale pour les ESAT et les collectivités locales (pour leurs salariés sous contrat de droit privé).

Les employeurs peuvent conclure un accord d'entreprise pour gérer eux-mêmes les fonds dédiés au CPF. Leur contribution Formation est alors réduite à 0,8 % de la masse salariale. Ils ne peuvent plus alors bénéficier d'une prise en charge de leur OPCA au titre du CPF. Cet accord, d'une durée de 3 ans, les engage à consacrer au moins 0,2 % des salaires par an pour financer et abonder le CPF de leurs salariés. Ils doivent déclarer chaque année à l’OPCA et à la Direccte les financements et abondements réalisés. A l’issue des 3 ans, un reversement à l’OPCA doit être fait si les financements CPF ont été insuffisants. L'accord peut définir les formations éligibles et les salariés prioritaires.

Textes réglementaires

ANI du 14/12/13, Articles L 6323-1 à 41 et L 5151-7 à 11 et R 6323-1 à 21, R 4162-4, 6 et 11 à 17 du code du travail.